PREAMBULE


Favoriser la réflexion francophone et internationale sur la formation des travailleurs sociaux
Didier TRONCHE, Président de l'ARRFIS

Au moment de la publication des actes du premier congrès francophone des formateurs en travail social qui s’est tenu en juillet 2005 à l’IRTS de Basse-Normandie nous pouvons exprimer notre satisfaction d’avoir facilité l’émergence d’une réflexion internationale, en langue française, sur la pédagogie en travail social.

Chaque pays fait évoluer la formation de ses travailleurs sociaux en fonction des politiques sociales qu’il met en œuvre et des modes d’organisation de la formation professionnelle qui lui ait propre.

Chaque pays se sent singulier et gère les dispositifs complexes de la formation des travailleurs sociaux sans toujours se rendre compte des enjeux communs qui dépassent les préoccupations nationales.

L’ARRFIS a appuyé l’initiative de tenir ce congrès, proposée par Claude Larivière, Québécois, professeur à l’Université de Montréal, connaissant bien l’Europe francophone et par Jean-Marie Gourvil, ayant la double citoyenneté française et canadienne, directeur des formations à l’IRTS de Basse-Normandie. Congrès qui a permis à 260 formateurs et professionnels parlant la même langue mais venant de 10 pays différents de débattre, comparer, confronter les pratiques de la formation des travailleurs sociaux au regard de l’évolution des pratiques sociales.

L’enjeu est d’importance. La formation des travailleurs sociaux doit évoluer en fonction des évolutions sociales mais elle doit aussi précéder cette évolution. La formation des hommes dans toute société est un pari sur demain, une façon de concevoir l’avenir et de le préparer.

Ce congrès placé sous la présidence de Philippe Duron, Président de la Région Basse-Normandie, ayant eu le soutien de Brigitte Bouquet, titulaire de la chaire en travail social au CNAM qui en a présidé le conseil scientifique, de l’Association Internationale des Ecoles de Travail Social et des associations nationales assurant la coordination des formations [1] , a permis de dégager plusieurs enjeux pédagogiques internationaux majeurs.

 

La nécessité du développement de la recherche sur les pratiques d’intervention sociale et l’intérêt des comparaisons internationales est apparu de façon forte. Les modes d’intervention sociale gagneraient à être systématiquement l’objet d’études scientifiques. Ces recherches faciliteraient la décision publique en matière d’action sociale et donneraient une dynamique d’anticipation aux formations.

La redéfinition de l’intervention sociale au moment où s’éloigne le modèle de l’Etat providence

Le travail social dans les pays francophones sans se défaire d’une saine attitude critique, semble faire le choix de pratiques professionnelles moins centrées sur le recours unique à des dispositifs étatiques mais s’appuyant sur une culture de la solidarité, de l’initiative locale et d’une citoyenneté renouvelée.

 

La redéfinition de l’intervention sociale centrée sur la relation personne/environnement

Toutes les conférences plénières et les ateliers ont été parcourus par une réflexion transversale et internationale concernant les paradigmes de l’intervention sociale. Le sujet est moins perçu dans tous les pays, comme un individu objet d’un soin ou d’une « thérapeutique » mais comme une personne liée à un environnement, le travail social ayant comme objet la relation personne/ environnement.

La question de l’Etat et de la place des usagers-acteurs entraînent dans tous les pays une réflexion dynamisante sur l’intervention sociale elle-même.

La mobilisation de l’étudiant dans son parcours de formation

L’étudiant comme sujet, comme acteur a occupé une part importante des échanges. Chaque pays invente des processus singuliers allant tous en ce sens. L’école de Jules Ferry n’est plus le modèle international de la formation professionnelle. Les centres de formation accueillent des étudiants qui ont une histoire, une expérience, des compétences, qui viennent de milieux sociaux dont on peut faire un objet de formation. L’acte de formation devient une aide au parcours, il intervient à un moment de l’histoire d’une vie. Cette perspective ne réduit pas la formation à des acquisitions de compétences de façon solidaire. Tous les formateurs défendent l’intérêt de l’intégration de l’élève dans un groupe de formation, dans un groupe composé d’acteurs en formation, acteurs apprenant à développer leur capacité d’agir. Le mot empowerment a traversé le congrès.

 

La pédagogie de l’alternance

Tous les pays francophones travaillent sur la pédagogie de l’alternance. Le mouvement qui se dessine, est clair. L’élève se forme dans un parcours où deux lieux de formation travaillent ensemble, le centre de formation et l’établissement d’accueil. Ce que les réformes des diplômes en France appellent les sites qualifiants, se retrouve dans les instituts universitaires québécois. Les établissements québécois sont reconnus comme d’authentiques lieux de formation et de recherche labellisés par l’Université, ils reçoivent des crédits publics pour ces missions.

 

La posture du formateur : innovation ou recherche

Le formateur en travail social semble devoir se repositionner. Deux légitimités apparaissent possibles. Il peut être un professionnel de haut niveau maîtrisant un champ, une approche professionnelle. Il doit alors en faire la preuve auprès des élèves. Ceci nécessite qu’il ne perde pas son ancrage dans la vie professionnelle et qu’il soit centré sur l’approfondissement de pratiques innovantes. Il peut être un chercheur et alors il doit pouvoir enquêter et publier en étant intégré dans des réseaux professionnels et des réseaux de recherche.

 

Réconcilier gestion sociale et pratiques professionnelles

Enfin le congrès a fait une part à la formation des gestionnaires du social. La congruence entre la pratique professionnelle et la gestion de la pratique traverse les réflexions des divers pays. Le thème de l’évaluation a été l’objet d’un atelier intéressant. De nombreuses écoles de travail social développent des formations de cadre. La comparaison de ces formations serait sans doute forte d’enseignement.

 

UNE TRADITION EST LANCEE !

 

Le premier congrès n’aura d’effets que s’il est suivi d’autres réunions semblables. Moins que l’événement lui-même, c’est l’instauration d’un réseau et d’une tradition d’échanges et de confrontation qui importe. Nous avons initié. D’autres doivent prendre le relais. Le prochain congrès aura lieu à Namur en juillet 2007 ; il convient de penser dès maintenant à 2009.



[1] Le réseau belge des formations en travail social, le réseau canadien des unités de formation en travail social et, pour la France, le réseau du Groupement National des Instituts régionaux du travail social et de l’Association Française des Organismes de formation et de Recherche en Travail Social.